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Prince du haut verbe populaire, pourfendeur des "cons", Michel Audiard

Je pense qu'il serait heureux d'avoir gardé une image légère et mal élevée, celle d'un cancre du fond de la classe souvent puni pour son mauvais esprit. Il y avait chez lui, comme chez mon père, une vraie élégance : celle de dissimuler son talent sous les oripeaux d'une certaine trivialité ; avancer masqué pour être libre, en somme. Un blouson noir jeté sur un fauteuil Louis XV.  Alexandre de La Patellière, scénariste et dramaturge

Ce qui me fascine chez Audiard scénariste, c'est la façon dont son écriture contamine les films. Dès qu'il les dialogue, les films des autres deviennent les siens. Pour le meilleur ou pour le pire. Parfois je n'entends que ses répliques au point que je ne vois plus le film, parfois elles infusent une ironie, une mélancolie rigolarde ou une douceur et un fatalisme qui élèvent le film ou le transcendent. Pierre Salvadori, acteur, réalisateur et scénariste

Michel Audiard est présent dans notre mémoire collective. Quand j'étais enfant, mon père (son contemporain, il est né en 1921), fan de ses dialogues et de ceux de Jeanson, se désespérait du manque de considération que ce grand auteur recevait de la part des "vrais intellectuels". Cette popularité ludique ne correspondait pas aux critères d'une intelligentsia cinématographique. Zabou Breitman, actrice et réalisatrice

Michel Audiard a nourri le "cinéma français", qui a également nourri Audiard. Jusqu'à l'écœurement. Pourtant son héritage ne pèse pas. Il n'envahit rien, n'est quantifiable ni en photogramme ni en poids car sa force est d'être volatil. L'impact du dialogue est sa résistance à l'image. Sa vérité. Ses romans oscillaient entre les descriptions très fines et la parole, balancée à la volée. Des répliques comme des gifles, à la saillie verbale caressante, pleines d'argot, d'instants de vie saisis en vol, de corbeaux. (..) Le désespoir comme germe et le fumier comme carburant. Audiard, c'est de la musique triste composée pour des clowns. Guillaume Nicloux, réalisateur, acteur et écrivain

L'empreinte de Michel Audiard est indélébile, certains de ses dialogues restent des moments de grâce absolue. Il incarne les années 1960 avec un ton unique, à la fois poétique et irrévérencieux. Et puis c'est le seul scénariste qui ait connu une renommée populaire. C'est un exploit en France, où le métier est méprisé, ignoré. Thomas Cailley, réalisateur et scénariste

Michel Audiard est mort le 28 juillet 1985. Trente ans plus tard, ses dialogues flingueurs continuent de résonner, au point que les films d'Henri Verneuil, Gilles Grangier ou Georges Lautner sont aussi devenus ses films. Prince du haut verbe populaire, pourfendeur des cons (qu'on devrait mettre sur orbite ou à Sèvres), anar ni de droite ni de gauche bien au contraire, il était surtout un amoureux de la littérature, prêt à échanger un baril de scénarios (y compris les siens, écrits avec une facilité qui le déconcertait lui-même) pour un seul poème de Rimbaud ou d'Aragon, un seul roman de Giono ou de Blondin. Le cinéma, finalement, n'était pas sa tasse de thé. Pour lui, la Nouvelle Vague était « plus vague que nouvelle ». Un dédain que François Truffaut lui rendit bien, en voyant dans ses dialogues « un triple mépris du cinéma, des personnages du film et du public en général ». Peut-être se ravisa-t-il devant les scénarios noirs de Garde à vue et de Mortelle Randonnée, où Michel Audiard sut si bien regarder les hommes tomber. Son grand rêve, entre deux tournées dans les bars ? Adapter Voyage au bout de la nuit de Céline. Ce voyage, il le fit, à sa manière, en 1978, dans son livre La Nuit, le jour et toutes les autres nuits, une complainte déchirante où il évoquait ses souvenirs et ses fantômes.

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