Comment résiste-t-on à la privation de liberté ? En agissant sur le cadre mis à disposition par l’administration pénitentiaire : création de décors, évasion par la pensée et les rêves, invention de liens sociaux. Les rituels personnels se superposent à ceux de l’institution carcérale. Huit cellules. Huit histoires d’enfermement. Chaque détenu donne à l’uniformité des murs la couleur d’une idée, d’une émotion, d’un sentiment. De l’autre côté des portes, les surveillants, les mouvements collectifs, les chariots de nourriture… Gestes et paroles s’échangent dans un rythme convenu.


Si bleu, si calme n'est pas un Surveiller et punir animé, une démonstration théorique sur l'arbitraire du milieu carcéral. Ce n'est pas non plus l'un de ses films «caméra à l'épaule» qui suivent les matons sur les coursives, pénètrent par effraction dans les cellules et demandent au détenu de «faire visiter». Ici, l'homme enfermé fait visiter son intérieur. Mais il le fait de son lit, de son bureau, de son cahier. C'est lui qui tient le trousseau de clés. Éliane de Latour accompagne, «formalise» leur mise en image. (...) Éliane de Latour a construit son film sur une opposition formelle: toutes les scènes filmées à l'intérieur des cellules sont photographiées. En revanche, celles tournées dans les couloirs de la prison retrouvent un format cinéma pour bien signifier formellement, s'il en était encore besoin, de quel côté de la porte se trouve le mouvement. Libération.fr. Lire la suite


Anthropologue au CNRS et cinéaste, Éliane de Latour devient peu à peu une cinéaste reconnue en réalisant des documentaires puis des fictions à la fois en France et en Afrique. Son fil conducteur : porter un regard de l'intérieur sur des mondes fermés, celui des femmes cloîtrées dans un harem au Niger (Contes et décomptes, 1993, Prix Georges Sadoul et Gold Hugo Award au festival de Chicago), celui des pénitenciers (Si bleu, si calme, 1996), celui des ghettos d'Abidjan (Bronx Barbès, Mention spéciale du jury Festival de Locarno en 2000, le film dépasse les records de Titanic en Côte d'Ivoire), ou encore celui des migrations clandestines (Après l'Océan, 2009). Les exils imaginaires chez les "inessentiels" repoussés derrière des murs est un thème qui traverse ses derniers films.


Tous les films que j'ai réalisés ont été précédés d'une rencontre nourrie de regards croisés et d'apports réciproques. En France ou ailleurs, les mêmes questions se sont posées. Je n'ai pas plus, pas moins, de proximité avec des détenus parisiens, une communauté islamique, des personnes âgées en Cévennes, des femmes Hawsa ou des jeunes Ivoiriens. Mais à chaque fois, le temps, la réflexion, l'amitié rendent possible la construction d'un projet dans lequel chacun se reconnaît. On finit par partager le même destin. Éliane de Latour


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Ce film est accessible pour un public entre 16 et 99 ans.