Chaque samedi, Gisèle court avec un homme qui lui apprend à surmonter l'épuisement et la souffrance. Chronique d’une révolte, celle d’une adolescente submergée d’informations anxiogènes, qui trouve un dérivatif dans la course…

* Prix GNCR (Groupement National des Cinémas de Recherche) au Festival Côté Court de Pantin 2011


Le maître: “Tu abandonneras au quinzième kilomètre !” L’élève : “Jamais !” Le dernier film de Maud Alpi est la chronique d’une révolte. Celle d’une adolescente, submergée d’informations anxiogènes : les tortures en Afghanistan, la disparition des abeilles, ou les suicides adolescents. Sa réaction physique aurait pu être la violence ou l’amour ; elle décide de courir. Cheveux en bataille, piercing aux lèvres et aux oreilles, elle part en forêt et court en désordre. Là, elle croise la référence, l’ascète de la course à pied dont tout le corps exprime la règle et ses vertus. Il devient son maître de survie. Avec un prologue en images fixes très référencé à
La Jetée de Chris Marker – plusieurs clichés du personnage principal hurlant sa douleur –, Courir dévoile rapidement son parti pris binaire en termes de narration et de rythme : la course à pied comme métaphore de la vie, la foulée imposée par le maître comme cadence métronomique inaltérable. Ce mouvement, allié au rituel répétitif des rendez-vous entre le coureur adulte endurci et la novice fragile, façonne petit à petit un cadre de référence pour l’adolescente. “Y’a un moment de la réalité où l’on ne souffre plus, on flotte” confie-t- elle après son premier semi-marathon, but qu’elle s’était promis de réaliser avant ses vingt ans, comme si cette limite d’âge annonçait déjà une fin en soi. La réalisatrice calque ici son récit sur le thème de la jeune fille et la mort, développé de l’Antiquité à nos jours dans la peinture, la musique et le cinéma : la danse macabre étant remplacée par la course, la mort représentée par le cadavre d’un SDF découvert dans la forêt par la jeune fille. Alors que son doigt – tatoué d’un point d’interrogation – semble poser la question “pourquoi ?” à sa place, l’adolescente hésite entre répulsion et fascination. Pourtant, déjà endurcie par son entraînement à la vie, elle photographie le visage en décomposition avant de repartir. Maud Alpi signe un film élégant sur l’adolescence, en évitant les stéréotypes et les dialogues psychologisant. Les rapports éphémères entre le maître et l’élève, le rituel apaisant de la course, la forêt : autant d’éléments fondateurs d’une bulle naturaliste, protectrice du passage à l’âge adulte. Où l’on comprend peut-être mieux la racine orthographique qui lie les mots “endurer” et “endurance”. Fabrice Marquat. brefmagazine.com

Maud Alpi, scénariste et réalisatrice, a tourné plusieurs courts métrages parmi lesquels Lucas sur terre en 2007 (Prix à la qualité du C.N.C. ; Festival de Clermont-Ferrand, mention pour l'actrice Marie Nicolle), Nice en 2008 (Grand Prix et Prix de la Jeunesse au Festival Côté Court de Pantin ; Prix spécial du jury au Festival de Vendôme 2009). Courir est son dernier film court (Sélection à Clermont , Prix GNCR Groupement National des Cinémas de Recherche au Festival Côté Court de Pantin 2011).

Retrouvez les films de la sélection Caméras du court métrage disponibles en DVD dans les médiathèques

Retrouvez les films de la sélection Caméras de l'adolescence disponibles en DVD dans les médiathèques


      Retrouvez " au fil du parcours... " d'autres films courts de Maud Alpi.

      En cours de chargement ...
      Ce film est accessible pour un public entre 16 et 99 ans.