Film-témoignage très contemporain. Après cinq siècles d'activité, les Ateliers et Chantiers du Havre vont fermer dans l'indifférence générale. Une année aux chantiers navals du Havre, au terme de laquelle 10 000 tonnes d’acier sont lancées à la mer pour la dernière fois. Un an à écouter les gens parler de leur métier, donner leurs explications du désastre, à voir la construction de leur dernier navire. Comment lutter quand la moitié des employés est intérimaire, quand le syndicat n’inspire plus confiance, quand la direction distille les informations, quand le client est roi, quand l’État a décidé de fermer, quand l’Asie rafle les marchés ?


Ils sont monteurs, soudeurs, contrôleurs... Beaucoup voyaient dans leur emploi une "bouée de sortie". Mais comme dit l'un d'eux, "les bouées crèvent aussi". Certains sont là depuis plus de vingt-cinq ans. Des familles entières ont travaillé ou travaillent encore ici. La fermeture prochaine les laisse désemparés. Même si les conditions de travail sont souvent dures et le salaire peu élevé, tous étaient prêts à rester. J’ai voulu donner la parole à ces ouvriers ainsi qu'aux responsables des Ateliers et Chantiers du Havre. Les entretiens rythment la construction d'un bateau - le dernier à être mis à flot par les chantiers du Havre... Le film propose une réflexion sur les mutations de notre société : la transformation du rapport au travail, l'absence de mobilisation, la résignation... Ces confidences d'hommes et de femmes de tous âges, sans excès ni pathos, font percevoir leur détresse. En toile de fond, l'achèvement du dernier bateau et sa sortie en mer. La vision du chantier, où des Lilliputiens en salopette bleue s'acharnent sur un Gulliver d'acier, est saisissante. Quand le monstre dorloté rejoint la mer, la joie justifie enfin les peines. Même si elle se mêle d'amertume : la fin des travaux sonne le glas d'un monde. Jean-Marc Moutout


Jean-Marc Moutout est un scénariste et réalisateur marseillais. Primé à Clermont-Ferrand, nominé aux César en 1998, son premier court métrage, Tout doit disparaître (1996), avait fait parler de lui, par son sujet : l’histoire d’un jeune travailleur intérimaire embauché pour une journée comme déménageur, et qui découvre au dernier moment qu’il doit déménager les meubles d’une famille d’immigrés expulsée de son logement. Cette histoire, Jean-Marc Moutout ne l’a pas inventée. Il l’a vécue. Suivra Electrons statiques (1998), un autre court métrage, de l’aveu même de son auteur également autobiographique, sur un jeune homme au chômage qui oscille entre tentation de ne rien faire, de refuser l’aliénation du salariat, et ses tentatives multiples et peu convaincues de s’insérer dans le milieu du travail. Avec Le Dernier Navire (2000), Moutout passe au film documentaire en filmant la dernière année des chantiers navals du Havre avant leur fermeture. Un film dur, dont certaines scènes restent inoubliables (comme celle d’un ouvrier prenant à partie son pdg à la cantine). A la vision de Violence des échanges en milieu tempéré, on a l’impression que certains personnages viennent tout droit du film documentaire. Moutout acquiesce, son film s’est nourri de cette expérience, même s’il en avait écrit le scénario avant de tourner Le Dernier Navire. (...) Si en apparence les films de Jean-Marc Moutout ont pour sujet le milieu du travail, leur véritable propos consiste à montrer que, sans une vigilance et une exigence de tous les instants, on finit par commettre des actes que notre éthique personnelle réprouve. La société capitaliste ne tend qu’à ça, qu’à obtenir le silence des citoyens et des salariés en les rendant prisonniers de leur pouvoir d’achat. (...) Jean-Baptiste Morain. LesInrocks.com


Retrouvez en cliquant ici d'autres films de Jean-Marc Moutout disponibles en DVD dans les médiathèques.

Retrouvez en cliquant ici une sélection de films questionnant le monde du travail disponibles en DVD dans les médiathèques.


Retrouvez " au fil du parcours... " un autre film réalisé par Jean-Marc Moutout et/ou d'autres films sur la thématique du travail et/ou du chômage.

En cours de chargement ...
Ce film est accessible pour un public entre 12 et 99 ans.