À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement. Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne. Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdu de vue : elle-même.


Parmi toutes les adaptations de BD vues ces derniers mois (La Vie d'Adèle, Quai d'Orsay, Snowpiercer), celle-ci cache particulièrement son jeu. Ni cheveux bleus, ni papiers volants, ni train futuriste. Juste une femme ordinaire en fugue, dans un style naturaliste : un genre typique du cinéma français — précédent exemple en date, Elle s'en va, avec Catherine Deneuve. Lulu, au début du film, est aussi une image typique de la France en crise : énième entretien d'embauche planté, responsabilités familiales écrasantes, stress chronique et déprime larvée. Et soudain, elle décroche. Sans comprendre ce qui lui arrive, elle manque le train du retour et s'installe à l'hôtel, au bord de la mer. Avant même que la fiction se déploie, avec ses rebondissements en règle, le plus beau est le vide salvateur dans lequel Lulu se ressaisit, se reprend, revient à elle — lumineuses scènes au miroir dans la chambre d'hôtel. C'est une femme nue au sens où elle se dépouille de ses atours d'épouse, de mère de famille, de chômeuse, pour s'abandonner à l'indétermination, et à tous les possibles qui vont avec. Avec cette « nudité » revient l'ingénuité : il suffit d'un rien pour convertir le moins en plus, et le mal en bien. Lulu croit voir un cadavre sur la plage ? Ce sera vite une sorte de prince charmant d'occasion, un semi-clodo assoupi, lui aussi en manque d'amour (Bouli Lanners). Interdite de carte bancaire, affamée, Lulu en vient à s'en prendre à une vieille dame (Claude Gensac) au sortir de l'épicerie ? Ce sera le début d'une cohabitation bienfaisante pour toutes les deux. Le film (...) a un atout maître : les retrouvailles, quinze ans après, de Solveig Anspach avec son interprète et alter ego de Haut les coeurs ! Il se confirme que cette cinéaste est l'une des rares à qui la comédienne se donne telle quelle, sans maniérisme ni effets spectaculaires. Le lâcher-prise émouvant de Karin Viard et sa nudité d'actrice font un écho harmonieux à cette histoire d'émancipation, à cet éloge de la roue libre. Louis Guichard. Télérama.fr


De père américain et de mère islandaise, Solveig Anspach suit une formation en philosophie et en psychologie clinique, avant d'intégrer la FEMIS. Elle en sort diplômée en 1989, avec à son actif quelques courts métrages. Grand Prix du Jury et du Public au Festival international du Film de Femmes de Créteil avec Que personne ne bouge, elle connaît un franc succès avec son premier long-métrage Haut les coeurs ! en 1999, qui retrace son expérience de la maladie et vaut à Karin Viard d'obtenir le César 2000 de la meilleure actrice. Par la suite, Solveig Anspach continue de faire des allers-retours entre film documentaire (Made in the USA, film sur la peine de mort en 2001), et film de fiction (Stormy Weather, avec Elodie Bouchez, en 2003). Après Reykjavik, des elfes dans la ville en 2001, elle tourne à nouveau dans son pays, l'Islande, avec Back Soon en 2008. Inspirée par les femmes militantes, elle décide l'année d'après de retracer la vie de la communarde Louise Michel, déportée en Nouvelle-Calédonie avec des milliers de révolutionnaires, dans Louise Michel la rebelle (2010), un long-métrage avec Sylvie Testud. En 2014, elle retrouve Karin Viard pour Lulu femme nue, l'émouvant portrait d'une femme rompant avec sa vie morne pour explorer de nouveaux horizons. En 2015, la cinéaste succombe malheureusement à une récidive de son cancer, maladie contre laquelle elle avait déjà dû lutter il y a plusieurs années. Son dernier film, L'Effet aquatique, raconte l'histoire de Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, qui tombe raide dingue d’Agathe, maître-nageuse, et qui décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Le long-métrage sort en salles près d'un an après la mort de sa réalisatrice.

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Ce film est accessible pour un public entre 16 et 99 ans.