Le 22 décembre 1989, la dictature roumaine vacille et les Ceaucescu sont contraints de fuir le palais présidentiel en hélicoptère, à 12h08 précisément. A l'est de Bucarest, la petite ville de Vaslui a suivi les événements grâce aux médias. Seize ans après les faits, Virgil Jderescu, animateur sur une chaîne de télévision locale, organise un débat. Les deux intervenants sont invités à se remémorer leur action révolutionnaire d'alors. Le premier, Emanoil Piscoci, est un retraité, Père Noël pour les écoles ; le second, Tiberiu Manescu, un professeur d'histoire qui boit son salaire. Mais leurs glorieux souvenirs sont contredits par les téléspectateurs...

 * Caméra d'Or à Cannes en 2006.


 Composition, rythme, dialogues, provocation. Dès son premier long métrage, ce garçon sait apparemment tout faire. Cela promet. Eric Derobert, Positif.


La révolution roumaine, on s’en souvient tous. C’était à Noël, en 1989. Au réveillon, entre la dinde et le fromage, on avait allumé la télé pour savoir où se terrait celui qu’on appelait alors le Conducator, despote en fuite avec son épouse. C’était la première révolution suivie en direct, en même temps, on le découvrit plus tard, qu’une vaste récupération médiatique, à l’étranger comme en Roumanie, propice à la manipulation et à la confusion (notamment autour de Timisoara). La télévision, tout est parti de là. Autant y revenir, la boucle sera bouclée. C’est ce que fait Corneliu Porumboiu, et ce n’est pas triste. La télé ici à l’œuvre ressemble à du guignol. C’est une chaîne locale que détient Virgil, un ancien ingénieur du textile reconverti en journaliste. Il se la joue très pro, sermonnant volontiers la petite équipe qui l’entoure. Aujourd’hui, seize ans exactement après le décisif 22 décembre 1989, Virgil a décidé de programmer une émission-débat autour de cette journée et de son déroulé exact. (...) Une fois installé dans le studio d’enregistrement, ce trio de charlots va tenter tant bien que mal de répondre à une question bien plus grande qu’eux : y a-t-il eu oui ou non une révolution dans leur ville, à l’est de Bucarest ? Pertinente question qui induit des doutes sur le soulèvement supposé du peuple, lequel aurait manifesté en masse non pas avant mais plutôt après la fuite de Nicolae Ceausescu… Entre l’action d’éclat et le train pris en marche, un distinguo s’impose. Le prof d’histoire se met à raconter, sans forfanterie, mais il est formel : en compagnie de quelques amis, il a fait partie des premiers à manifester sur la place de la mairie, face au comité central, avant l’heure fatidique de 12h08. Sauf que, pas de chance, plusieurs téléspectateurs appellent et passent en direct pour démentir cette glorieuse version. Qui a raison ? Le film refuse de trancher comme de juger et préfère rire de la situation en mettant tendrement en boîte ses personnages. Du héros à l’imposteur, il n’y a pas si loin. L’émission tourne à l’interrogatoire absurde ou au déballage grotesque. Dans ce petit théâtre bouffon de pantins et de cocottes en papier, invités et téléspectateurs vont s’empoigner, s’attarder sur des anecdotes, moins dérisoires qu’il n’y paraît. Car la révolution se cache aussi dans les détails, la vie ordinaire, les raisons intimes et non idéologiques (...) A chacun sa vérité historique, triviale, parfois ingrate. A chacun sa révolution ou sa démission. C’est, si l’on veut, de la télévision, de la politique et du cinéma de proximité. (...) Caméra fixe, plan-séquence – la vie défile alors tranquillement. On se sent ici, au cœur de la Roumanie, comme chez soi. Porumboiu parvient ainsi à évoquer le passé avec une pointe douce de nostalgie, mais parle aussi du présent, de ceux que la nouvelle économie a fortifiés comme de ceux que la révolution a laissés sur le carreau. A l’image du prof d’histoire, qui a baissé les bras, incapable d’être à la hauteur de ce qu’il a accompli naguère. En deçà de la farce se niche un regard toujours humain sur les gens, leur inconstance, leur lâcheté ou bien leur héroïsme, fût-il à la petite semaine. Dans le temps, on déboulonnait des statues de tyran. Porumboiu déboulonne lui la majuscule de l’Histoire pour la filmer en minuscule, et il le fait de façon aussi hilarante qu’attachante. Jacques Morice . Télérama.fr


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Ce film est accessible pour un public entre 16 et 99 ans.