Murielle et Mounir vivent une folle passion et pensent que leur union se poursuivra dans ce même climat jusqu'à la fin de leurs jours. Depuis son plus jeune âge, Mounir loge chez le Docteur Pinget, une personne qui prend beaucoup de place dans l'existence du couple. Quand les deux amoureux prennent finalement la décision de se marier, ils se retrouvent peu à peu dans un état de dépendance psychique et matérielle vis-à-vis du médecin. Mise en scène implacable, interprétation impeccable, tension psychologique extrême.


* Un Certain Regard - Prix d'interprétation féminine pour Émilie Dequenne, Festival de Cannes 2012.


Pourquoi et comment une cellule familiale en vient à se désintégrer ? C'est la grande obsession du cinéma de Joachim Lafosse, auteur passionnant qui franchit un cap avec ce film, impressionnant de tension sourde, de malaise refoulé. Tout commence par un couple qui nage dans le bonheur. Muriel et Mounir s'aiment. Ils décident de se marier et l'annoncent au docteur Pinget, le père adoptif de Mounir. Celui-ci, enchanté, veut leur offrir un voyage de noces. Ils acceptent à condition qu'il vienne avec eux. La proposition est « anormale », mais la réponse l'est tout autant : Pinget accepte... La suite sera à l'avenant. A perdre la raison, inspiré d'un fait divers, est le récit d'une série d'anomalies se complétant pour créer une situation familiale aberrante. Le talent de Joachim Lafosse est de la rendre crédible, et surtout poignante, à travers le personnage de Muriel, qu’Émilie Dequenne interprète visage d'abord radieux, de moins en moins expressif au fil des années. L'isolement progressif à l'intérieur de soi, la fatigue, l'air hagard : il est rare de voir une telle « descente » dans la dépression filmée avec tant de justesse. Qu'est-ce qui explique cette dislocation ? Un processus sournois. Muriel, femme instruite, professeur de français, se retrouve plus ou moins volontairement captive d'un piège, d'un ensemble de liens pervers entretenus avec son entourage direct, et surtout par le docteur Pinget (Niels Arestrup). Un curieux bonhomme, celui-là, médecin aux petits soins mais toxique, généreux autant qu'asphyxiant. Comme il est seul et riche, il s'achète un fils, Mounir (Tahar Rahim), qui, lui, est issu d'une famille marocaine dans le besoin. Grâce à son argent, Pinget fait vivre tout le monde : Mounir, Muriel et bientôt les enfants qui naissent à la chaîne, une fille, puis deux, puis trois...Pinget est une figure du mal déguisée en bon Samaritain. Soit. Il n'est pourtant pas l'unique raison qui explique le cataclysme à venir. Le film combine de nombreux facteurs explosifs — l'inconscient des personnages, mais aussi l'Histoire, sur fond de paternalisme colonialiste — tous disséminés finement. Le cinéaste brasse large, sans jamais donner une quelconque sensation de démonstration. C'est même le contraire : on est toujours dans quelque chose de vivant et de gênant, une zone de malaise subconscient, au bord de l'impudeur et de l'interdit. Sur la promiscuité, le fait de « vivre les uns sur les autres » et le sentiment d'intrusion qui va avec, le regard du réalisateur témoigne, comme dans ses films précédents, d'une acuité singulière. Qui peut engendrer la peur : la séquence où Pinget, dans son cabinet, ausculte Muriel, avoisine le film de terreur. Auscultation, autopsie d'un drame, voilà ce qu'est le film, qui sonde un peu partout pour comprendre ce qui relève de l'inconcevable. Une tension est savamment entretenue, qui contracte le coeur, du début à la fin. Pas la moindre goutte de sang, mais paroles, gestes et silences, tout fait mal, ici, comme des coups de poignard. Jacques Morice. Télérama.fr

Cinéaste et scénariste belge, Joachim Lafosse débute sa carrière en réalisant des courts métrages, dont notamment Tribu, qui remporte le prix du meilleur court métrage au Festival de Namur en 2001. Après un premier long-métrage, Folie Privée (2004), son deuxième film, Ça rend heureux, se voit récompensé du Grand Prix au Festival Premiers Plans d’Angers en 2007. Joachim Lafosse réalise ensuite Nue Propriété, drame familial porté par Isabelle Huppert, Jérémie et Yannick Renier, et sélectionné en compétition à Venise en 2006. En 2008 il réalise Elève libre, puis trois ans plus tard À perdre la raison - œuvre librement inspirée de l'affaire Geneviève Lhermitte. Le film est présenté au Festival de Cannes en 2012 dans la section Un Certain Regard.


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Ce film est accessible pour un public entre 18 et 99 ans.