Une histoire d'amour, entre deux êtres énigmatiques sur qui le temps n'a pas d'effets, est perturbée par l'arrivée d'une jeune femme, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d'eux ?

Spleen et errances nocturnes, un film désenchanté sur la difficulté des morts-vivants à habiter ce siècle.


(...) Avec Only lovers left alive, Jim Jarmusch retrouve un élan, une espièglerie et une sensibilité inespérés. La solution tient, il fallait y penser, aux vampires : des figures dans lesquelles Jarmusch peut projeter sa solitude éthérée, mais qui apportent, aussi, leur dot de chair, de suspense et de romanesque. Les héros du film sont, d'un côté, des dandys cultivés, underground, rock et noctambules comme le cinéaste, et, de l'autre, des créatures immortelles et assoiffées de sang humain, selon les codes du genre. (...) Jarmusch répond donc à Twilight (la saga blockbuster) et à True Blood (la série télé) en redonnant aux vampires une patine aristocratique et un cachet littéraire. Seule la petite sœur de l'héroïne incarne avec peps la modernité ado et amnésique. Les deux héros, eux, ont croisé successivement Shakespeare, Schubert et Einstein. Ils sont savants et esthètes à la fois.(...) Comment vivre quand on a déjà eu plusieurs vies ? Telle est l'interrogation qui hante leurs voyages immobiles ou transatlantiques — Jim Jarmusch, ex-prince de l'avant-garde new-yorkaise, se posait déjà la question dans Broken Flowers, en 2005. Une part de misanthropie, un dégoût du présent filtrent à travers leurs commentaires acerbes sur l'évolution des humains et du monde. On aurait tort, pourtant, d'en rester aux déclarations : leurs envoûtantes balades nocturnes dans Tanger et Detroit, ville fantôme, célèbrent la transformation inéluctable des choses ou des lieux. Et disent la beauté des ruines, viviers de nouveauté en sommeil. L'autre antidote au désenchantement, c'est l'idéal du couple, que le cinéaste réhabilite avec une ferveur et une douceur inattendues. Regarder passer les époques à deux, depuis le balcon de leur bizarrerie, voilà le hobby préféré d'Adam et Eve, les « seuls amants restés en vie » comme dit le titre. (...) Mais, attention, le grand amour selon Jim, vécu en partie à distance, est anticonformiste. Il peut et doit se régénérer par l'accident, la transgression. A cet égard, Jarmusch, qui prend toujours son temps, nous réserve pour la fin le meilleur, c'est-à-dire le plus saignant. Louis Guichard. Télérama.fr


Exemple parfait du cinéaste indépendant américain, Jim Jarmusch construit depuis le début des années 1980 une œuvre d'une grande cohérence, minimaliste, arty et désenchantée. En 1984, il réalise son premier long métrage, Stranger Than Paradise, premier volet d'une trilogie urbaine. Ce récit en noir et blanc de deux jeunes Américains d'origine hongroise errant dans une Amérique engourdie fait date dans l'histoire de la nouvelle vague américaine. Influencé par la Nouvelle Vague, par le cinéma tchèque des années 1960 et par l’œuvre du réalisateur allemand Wim Wenders, Jarmusch devient rapidement un cinéaste à la mode. Il réalise alors un court métrage, Coffee & cigarettes (1986), dont il tournera différentes variations au fil des ans (l'une d'elles en 1993, obtiendra même la Palme d'or du court métrage à Cannes), et qui deviendra en 2003 un long métrage compilant onze épisodes au casting prestigieux et composite autour d'une tasse de café et de cigarettes. Avec Down by Law (1987), Jarmusch mélange diverses autres influences : bande dessinée, néo-réalisme italien, poésie, rock, série noire. Ses personnages sont toujours des antihéros, des marginaux errants à la recherche d'un ailleurs indéfini et soumis au hasard des rencontres. Mystery Train (1988) conclut cette trilogie. Le réalisateur use de mélanges savants entre humour et désespoir, à travers trois histoires imbriquées dont le coeur est la ville de Memphis. Jim Jarmusch signe ensuite Une nuit sur terre (1990), dans lequel il suit cinq chauffeurs de taxi dans cinq villes américaines. Il réunit Johnny Depp et Robert Mitchum dans Dead Man (1995), faux western poétique et contemplatif tourné en noir et blanc. Avec Ghost Dog, la voie du samourai (1997), Jarmusch poursuit sur fond de musique rap son exploration d'une Amérique déliquescente, à travers le parcours d'un tueur solitaire et laconique incarné par Forest Whitaker, fasciné par le mode de vie et le code d'honneur des samourais, et confronté à des mafieux dépassés par les temps modernes. Broken Flowers lui vaut en 2005 une récompense au festival de Cannes; le Grand Prix du Jury couronne en effet ce voyage nostalgique et tendre à travers l'Amérique d'un homme sur les traces de ses quatre premiers amours. Only Lovers Left Alive (2013) est l'occasion pour le cinéaste de se pencher à sa singulière manière, mélancolique et contemplative, sur le mythe des vampires.


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Ce film est accessible pour un public entre 16 et 99 ans.