Version restaurée dans les années cinquante. En juin 1905, dans le port d'Odessa, les marins du cuirassé Potemkine, qui reviennent de la guerre du Japon, se mutinent, poussés à bout par la viande avariée des rations. Rejoints par une partie des officiers, ils jettent les autres par-dessus bord. La population de la ville, enthousiaste, se mobilise pour leur porter des vivres. Mais la répression tsariste est en marche...

Commandé à Eisenstein par les autorités soviétiques pour le vingtième anniversaire de la révolution de 1905, ce film va devenir l'un de ses plus fameux chefs-d'oeuvre, l'un des plus censurés aussi, y compris dans son pays, pour être parvenu à exalter la révolte des humbles avec trop de puissance. Œuvre emblématique, Le cuirassé Potemkine est aussi un acte révolutionnaire envers la dramaturgie cinématographique car elle érige un nouveau langage qui n'en finira pas de hanter le cinéma, donnant les pleins pouvoirs au montage. Le film fut considéré en 1958 comme « le meilleur film de tous les temps » lors de l'Exposition universelle de Bruxelles.

Faut-il rappeler que, réalisé en 1925, le film d'Eisenstein retrace la mutinerie des marins du Potemkine, symbole de la première révolution russe, celle de 1905 ? C'est une œuvre que la cinéphilie a statufiée, en la désignant à plusieurs reprises comme le plus grand film au monde. Au fil de l'incroyable quatrième acte - les escaliers d'Odessa, panique collective qui culmine avec la célèbre séquence où un landau dévale les marches une à une tandis que les cosaques tirent dans la foule -, on découvre avec surprise à quel point Le Cuirassé Potemkine n'est pas la matrice d'un cinéma d'avant-garde, au montage déstructuré, mais l'ancêtre du modèle hollywoodien. L'effet n'y est jamais gratuit, mais toujours au service du récit.

L'histoire le confirme : en 1928, Douglas Fairbanks, en voyage triomphal à Moscou, assista à une projection et convainquit Eisenstein de tenter sa chance aux Etats-Unis. On voit ce qui, dans le film, pouvait stupéfier Hollywood - sa violence et sa vitesse, sa quête effrénée du spectaculaire. Au point qu'il était de bon ton, dans les soirées hollywoodiennes du début des années 30, d'en offrir à ses invités une séance privée... Aurélien Ferenczi, Télérama


Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein est « le » cinéaste de la révolution soviétique, et les images de ses films se superposent aux photos d’archive dans l’imaginaire collectif. Passionné d’art, il participe aux mouvements d’avant-garde, dessine des décors et fait ses premières mises en scène de théâtre dans les années vingt. Passé au cinéma, son ambition est d’éduquer les masses par le film, de créer la psychologie collective de « l’homme nouveau ». Le montage est au cœur de son écriture cinématographique. La dernière séquence de son premier film, La Grève, sur la révolution avortée de 1905, monte en parallèle un massacre de bovins et celui des ouvriers par la police. Suit un an plus tard Le Cuirassé Potemkine, immense succès international qui reste aujourd’hui un classique absolu du septième art. En 1929, il part aux États-Unis et tourne Que viva Mexico !, une histoire du Mexique depuis les premiers dieux de pierre.
Son retour dans l’URSS stalinienne des années trente est douloureux ; il ne peut exercer son art que sous la pression de la commande et de la censure. Ses deux derniers films sont des allégories puisées dans l’histoire de la Russie : face à la menace hitlérienne, Alexandre Nevski raconte la victoire du prince Nevski contre les chevaliers Teutoniques au treizième siècle ; Ivan le Terrible est un hymne à la nation russe désormais en guerre, et avant tout à son chef, dont le tsar est ici la métaphore de Staline. Stéphane Bouquet, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, écrivain et scénariste


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Ce film est interdit aux moins de 16 ans.