Un film-manifeste, extrait du journal de bord d’un opérateur de cinématographe. Dans ce film sans acteur, le cinéaste russe parcourt un espace quotidien qu'il transfigure et réinvente en un chef-d’œuvre inoubliable ! Une journée de la vie quotidienne filmée à Odessa, Kiev et Moscou, par un opérateur qui filme perché sur une automobile, à tous les rythmes, sous tous les angles, dans les montages les plus divers (trucages, animation, surimpression, ralenti, accéléré...), vue par une monteuse qui visionne ses images et des spectateurs qui regardent... et qui s'intègrent à leur tour au film en train de se construire.


Je suis le ciné-œil. Je suis l’œil mécanique. Moi, machine, je vous montre le monde comme seul je peux le voir. (...) C'est là que nous travaillons, nous Maîtres de la vue, organisateurs de la vie visible (...), Maîtres des mots et des sons, les virtuoses du montage de la vie. Dziga Vertov


Sorti sur les écrans en 1929, L’Homme à la caméra est le dernier film muet de Dziga Vertov et la synthèse de ses travaux des années 1920. Plus qu’un film sur la ville, il s’agit d’une œuvre sur le cinéma. Si le film frappe par sa virtuosité, ses procédés n’en sont pas moins porteurs d’une utopie. L’Homme à la caméra se distingue en effet d’autres « symphonies urbaines », comme Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann (1927) et annonce au contraire À propos de Nice de Jean Vigo et Boris Kaufman (1929), le plus jeune des deux frères du cinéaste. Devenu le symbole de l’avant-garde cinématographique, Vertov est marginalisé au cours des années 1930. Les années 1960 le consacrent cependant comme une référence majeure du cinéma moderne et font de L’Homme à la caméra un véritable objet d’étude.

Dans ses écrits, le cinéaste s’est toujours opposé aux films joués, littéraires et artistiques. Ce sont les « ciné-documents » nés de l’enregistrement des faits qui définissent son œuvre. En réponse à la « Fabrique de l’acteur excentrique » créée en 1922 par Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, et contre l’idée d’une « Fabrique des attractions » avancée par Sergueï Eisenstein, Dziga Vertov imagine une « Fabrique des faits ». Ainsi écrit-il en 1926 :  Tonnerre des faits ! Masse de faits. Ouragans de faits. Et de petits faits détachés. Contre la ciné-sorcellerie. Contre la ciné-mystification. Dans son journal, à la date de 1927, on peut lire : Nous avons quitté l’atelier pour aller dans la vie, dans le tourbillon des faits visibles qui se bousculent, là où est le présent tout entier, là où les gens, les tramways, les motocyclettes et les trains se rencontrent et se quittent, où chaque autobus suit son itinéraire, où les automobiles vont et viennent, occupées par leurs affaires, là où les sourires, les larmes, la mort et les impôts ne sont pas assujettis au porte-voix d’un metteur en scène. Vous entrez dans le tourbillon de la vie avec votre caméra, la vie va son train. Sa course ne s’arrête pas. Personne ne se soumet à vous. Vous devez vous habituer à mener votre exploration sans déranger les autres. Le principe de « la vie à l’improviste » est opposé au monde du studio. CNDP

En savoir plus sur L'homme à la caméra, sur Dziga Vertov, le ciné-oeil, les échanges avec Sergueï M. Eisenstein


En 1967, le sketch de Jean-Luc Godard pour l’œuvre collective Loin du Viêtnam a pour titre Camera Eye, en référence au ciné-œil de Dziga Vertov. Chris Marker qui est à l'origine du projet avait rendu hommage à Vertov peu de temps auparavant en publiant un poème en anglais intitulé "Let us praise Dziga Vertov". Après Mai 68, Jean-Luc Godard lance avec Jean-Pierre Gorin le Groupe Dziga Vertov, en concurrence au Groupe Medvedkine imaginé par Marker. Le cinéma russe devient ainsi une référence pour ces deux auteurs français qui s'éloignent ainsi du cinéma hollywoodien auquel ils avaient pourtant rendu hommage en 1963 à travers La jetée et Le mépris.

Dziga Vertov et L'homme à la caméra sur cineclubdecaen.com


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