Mousse et Louis sont jeunes, beaux, riches et drogués. Louis meurt d'overdose, elle, survit. A son réveil, Mousse apprend, en même temps que la mort de son compagnon, qu’elle est enceinte. Contre l’avis de la famille très bourgeoise de Louis, elle décide de garder le bébé. Réfugiée loin du monde, Mousse reçoit la visite de Paul, le frère de Louis, qui va passer quelques jours avec elle. A la fois lyrique, sensible et délicat, un film simple sur le désir…


Deuil, maternité : François Ozon propose de subtiles variations sur des thèmes chers. La maternité, ou plutôt le fantasme de la maternité, obsède François Ozon depuis longtemps. Mousse est le seul personnage qui vive sa grossesse de manière plutôt neutre, même négative puisqu’elle est placée sous le signe du deuil. Le personnage de Louis (interprété avec beaucoup de charisme par Melvil Poupaud) hante le film, comme avant lui Bruno Cremer dans le film Sous le sable. Aux yeux des autres, cette maternité est source de fascination, de désir ou de recherche de soi : la femme intrusive sur la plage agresse Mousse de ses questions et de ses conseils, un dragueur lui avoue son attirance pour les femmes enceintes... On pourrait voir Le Refuge comme un remake bienveillant d’un ancien moyen métrage du cinéaste, le brutal Regarde la mer (1997). Le film est l’histoire de plusieurs transferts. Une femme qui poursuit sa grossesse pour garder une trace de l’amant mort. Un homme qui s’intéresse à la compagne enceinte de son frère pour mieux s’interroger sur le mystère de ses propres origines, et éventuellement de sa sexualité. Isabelle Carré trouve dans Le Refuge un des plus beaux rôles de sa carrière et sa performance mérite tous les éloges, au-delà de l’admiration voyeuriste qui ne manquera pas de rappeler que l’actrice était réellement enceinte au moment du tournage. Ce “gimmick”, comme Ozon les affectionne, n’est pas l’élément le plus impressionnant du film. Il confère bien sûr un surplus de réalisme au film, et permet au cinéaste de s’attarder sur les rondeurs de son héroïne, mais la dimension documentaire est pervertie puisque le personnage de Mousse vit une grossesse particulière, où le désir ou l’amour porté à l’enfant qui va naître semblent évacués au profit du souvenir du défunt. La grande surprise du film vient du chanteur Louis-Ronan Choisy, qui incarne Paul. Pour sa première apparition à l’écran, il apporte beaucoup de douceur et un jeu anti naturaliste qui évoque les héros surannés des films de Rohmer. Olivier Père. lesinrocks.com


Titulaire d'une maîtrise de cinéma à Paris I avec pour professeurs Eric Rohmer et Joseph Morder, François Ozon tourne parallèlement à ses études des dizaines de films avec la caméra super-8 de son père. Intégrant le département réalisation de la Femis en 1990, il rédige une maîtrise sur Pialat et signe de nombreux courts métrages. C'est d'ailleurs grâce à ses courts (dont Une robe d'été, primé à Locarno et présenté à Cannes en 1996) que François Ozon se fera un nom au sein du jeune cinéma français. Soutenu par la maison de production Fidélité, il réalise en 1997 un moyen métrage, le dérangeant Regarde la mer, avant de passer au long un an plus tard avec Sitcom, jeu de massacre insolent et cruel qui se situe dans la droite lignée de ses courts métrages.

Prolifique, Ozon impose rapidement un univers très personnel, flirtant avec le fantastique (Les Amants criminels, 1999), et ne craignant pas la théâtralité - Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, adaptation d'une pièce de Fassbinder avec Bernard Giraudeau et Ludivine Sagnier, alors inconnue. Si ses précédents longs métrages furent diversement accueillis, l'audacieux Ozon fait l'unanimité, auprès de la critique et du public, avec Sous le sable en 2001. Portrait d'une femme désemparée après la disparition de son mari, le film, qui marque le come-back éclatant de Charlotte Rampling, témoigne d'une science du casting qui ne se démentira pas. Fort de ce succès, Ozon réalise 8 femmes, truffé de clins d’œil cinéphiles qui triomphe au box-office. On retrouve son goût pour la manipulation et la stylisation dans Swimming pool, thriller présenté à Cannes en 2003. Celui qui a longtemps misé sur l'artifice ose le dépouillement avec Le Temps qui reste. Soucieux de construire une œuvre et craignant de se répéter d'un film à l'autre, il se lance ensuite dans un mélo en costumes et en anglais, Angel. Avec son dixième film, Ricky, la surprise est encore au rendez-vous, aussi bien côté casting que côté scénario. Rythmé par une régulière cadence d'un film par an, il part une nouvelle fois là où on ne l'attend pas et construit avec son Refuge (2009) une émouvante réflexion sur l'amour et le deuil, portée par une Isabelle Carré méconnaissable.

L'année 2010 marque son retour aux commandes d'un projet aux ficelles imparables : un casting de prestige (Depardieu, Deneuve et Luchini), un ton retrouvé de comédie sociale au vitriol et un accueil chaleureux à la Mostra vénitienne où son Potiche concourait en compétition officielle. Après cet intermède plus léger, il retourne ensuite vers des zones ombrageuses avec Dans la maison, un thriller sombre dépeignant un jeu de manipulation qui s'établit entre un prof de français et son élève. L’année suivante, il présente au Festival de Cannes  Jeune et jolie. Suivent Une nouvelle amie (2014) puis Frantz (2015), qui obtient le prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour Paula Beer à la Mostra de Venise et le César de la meilleure photographie pour Pascal Marti. Son dernier film L'amant double, thriller sorti en 2017, est une adaptation du roman Lives of the Twins de Joyce Carol Oates.

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