Un classique du film fantastique français. Victime d’un terrible accident de la route, Christiane, la fille du célèbre professeur Génessier, vit recluse dans le domaine familial. Un masque cache son visage atrocement défiguré. Afin de redonner un visage à sa fille, le professeur et sa fidèle assistante n’hésitent pas à enlever des jeunes femmes et à se livrer à des greffes improbables. 

Un remarquable film d'épouvante à la poésie étrange et insolite.


Si les premiers films de Georges Franju s’inscrivent dans le genre documentaire, tandis que ses longs métrages tendent plus volontiers vers le fantastique et le merveilleux, le cinéaste de La Tête contre les murs et de Monsieur et Madame Curie n’a jamais mené deux carrières contradictoires. Que ce soit dans Le Sang des bêtes, ou dans le somptueux film qui nous préoccupe, la démarche est peu ou prou la même. Chez Franju tout est affaire de point de vue. Il est question d’hétérogreffe dans cette histoire passionnelle. Hétérogreffe, voilà qui qualifie plutôt bien le style du maître. L’insolite et le trivial, le réel et l’irréel coexistent bel et bien. Il nous appartient d’exercer notre regard, d’éduquer notre œil pour déjouer les pièges du visible. Si Franju porte une attention toute particulière au quotidien, c’est en partie pour en révéler la monstruosité. Avec la précision d’un géologue, ou d’un chirurgien plasticien, il traque les failles, les tumeurs, qui menacent la surface des choses. Dans Les Yeux sans visage, un train qui déchire le brouillard dans la profondeur de champ, un avion qui survole paisiblement un cimetière, effrayent autant qu’une meute de chiens féroces, ou qu’une escapade nocturne dans un cimetière. La mise en scène rigoriste de Franju devient autant un gage d’honnêteté - contrairement à une idée assez répandue, Franju n’a rien d’un manipulateur - qu’une raison de s’agripper nerveusement à son fauteuil, car tout peut surgir à tout moment. Loin d’imposer une lecture symboliste de ses œuvres, le cinéaste préfère suggérer des pistes. Le spectateur est libre de les retenir ou de les écarter pour échafauder les siennes propres. Nous l’avons déjà précisé : tout est affaire de point de vue. Le spectateur pourra par exemple déceler une métaphore animale dans le comportement des personnages. Christiane, la fille recluse, s’apparentera alors à un oiseau en cage, tels ceux qui peuplent la demeure familiale, tandis que l’assistante dévouée, pourvoyeuse de chair fraîche du professeur, prendra tour à tour les traits d’un fidèle berger allemand, puis ceux d’un oiseau de proie qui fond sur de pauvres brebis égarées (les jeunes étudiantes), etc. A moins que le spectateur ne préfère considérer ce chef-d’œuvre du cinéma fantastique français, comme une relecture clinique des classiques du genre. Comme si Franju avait précipité le savant fou et sa créature dans notre banal quotidien - fait de visites de routine à l’hôpital, de repas de famille, ou de prospection immobilière. Au fond peu importe la piste privilégiée. La richesse du film provient essentiellement de la démarche suggestive de l’auteur. Georges Franju nous invite à regarder dans l’œuvre, non pas ce qu’il voudrait précisément nous montrer, mais ce que nous pourrions précisément y voir - au détour d’un plan fugace, ou d’un mouvement discret. Cosmo Vitelli. DvdClassik.com


Décorateur de théâtre puis affichiste, Georges Franju accepte un emploi dans une imprimerie et fait la rencontre d'Henri Langlois. Ensemble, ils tournent leur premier court-métrage en 1934, Métro : Georges Franju est à la prise de vue, Henri Langlois au montage. Entre 1948 et 1958, Georges Franju réalise treize courts-métrages et s'impose comme un des chefs de file du film documentaire français. Georges Franju se recommande tout au long de sa carrière d'une certaine tradition scientifique du cinéma. Son œuvre s'attache à déceler ce qu'il y a d'insolite dans le réel. En 1948, c'est Le Sang des bêtes, un court-métrage, et le contraste entre le décor environnant les abattoirs de Paris et la violence crue qui s'y déroule. Si son premier long métrage est un film de commande, il relève du même principe : dans La Tête contre les murs, d'après le roman d'Hervé Bazin, il met en miroir l'institution psychiatrique et le monde "normal". Sorti en 1958, le film est un succès. L'année suivante, Franju nous offre une œuvre beaucoup plus personnelle avec Les Yeux sans visage. Pour sa capacité à saisir " les choses qui sont derrière les choses ", le réalisateur est souvent assimilé aux surréalistes. Mais si son œuvre peut s'en rapprocher par certains aspects, l'homme est avant tout un cinéaste libre et iconoclaste, n'appartenant à aucune famille d'esprit. En témoigne Thérèse Desqueyroux (1962), adaptation du roman de François Mauriac. Le seul trait d'union entre tous ces films semble être une revendication militante en faveur du rêve et de la liberté. Son dernier essai en la matière, Nuits rouges (1973), mêle templiers et robots humains dans le Paris contemporain.


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Ce film est interdit aux moins de 16 ans.