Sous l'Occupation, Martin, brave homme au chômage, doit convoyer à l'autre bout de Paris quatre valises pleines de porc. Son acolyte habituel ayant été arrêté, il fait appel à un inconnu, Grandgil. Mais celui-ci se révèle vite incontrôlable et le trajet périlleux. L'occupation allemande et le marché noir, une description démystifiante et grinçante d'une certaine mentalité française…

Tout le monde connaît l’adresse : 45, rue Poliveau, chez monsieur Jambier. Et le tarif : 2000 francs. Jambier, c’est Louis de Funès, dans un petit rôle mais ô combien important dans ce moment charnière de sa carrière. La réplique est célèbre, signée Aurenche & Bost qui adaptent Marcel Aymé, et gueulée par un Jean Gabin monumental. À ses côtés, Bourvil joue sans problème le naïf impressionné. On raconte que pour tourner la scène où les deux acolytes font connaissance, l’acteur, qui n’avait jamais rencontré Gabin, était réellement mort de trac face au monstre sacré.
Claude Autant-Lara filme le Paris de l’Occupation, côté sombre, côté nuit. Comme sujet, le marché noir et ses combines, et une idée savoureuse : « Se taper un cochon de la rue Poliveau à la rue Lepic… se farcir toute la traversée de Paris avec partout les flics, les poulets, et les Fritz… et les souliers qu’on use. Le tout au pas de chasseur, en plein noir. Six kilomètres… » Le tournage a lieu au printemps 1956, les rues de la capitale sont reconstituées en studio par le génial décorateur Max Douy. Les noirs et blancs sont magnifiques, et donnent au film des accents expressionnistes tout en peignant par touches le petit milieu de la débrouille et des bistrots. Gabin s’en donne à cœur joie, s’offre la tirade la plus célèbre du cinéma français en aboyant contre les « salauds de pauvres », Bourvil apporte son éternelle douceur, le duo fonctionne à merveille. La Traversée de Paris connaît un succès phénoménal, public et critique. Ce qui n’empêchera pas son réalisateur d’être décrié quelque temps plus tard par la Nouvelle Vague, lassée du « cinéma de papa ». Peu importe, le plaisir est là, et le film est devenu en quelques décennies un monument incontournable du cinéma français. La Cinémathèque

« Salauds de pauvres ! » : la réplique de Jean Aurenche et de Pierre Bost est restée célèbre. Tout comme la colère homérique de Gabin contre tous les Français lâches, profitant de l’Occupation pour s’enrichir. Sous la caméra d’Autant-Lara, l’odyssée minable d’un pauvre type et d’un ­artiste peintre faisant du marché noir dans le Paris nocturne de 1943 devient un règlement de comptes avec l’ignominie ordinaire, une mini-fresque sur la barbarie à visage humain. Réalisé durant les Trente Glorieuses, qui voulaient oublier les ombres noires de l’Occupation et qui croyaient, même vaguement, en l’avenir de l’homme, le film choqua. Avec Douce (plus subtil) et Occupe-toi d’Amélie (plus bouffon), La Traversée de Paris reste, aujourd’hui, le chef-d’œuvre noir de Claude Autant-Lara : du vitriol pur jus. Après quoi, d’abord ardent anarchiste de gauche, il sombrera dans un extrémisme de droite détestable. Au point de devenir un de ces personnages que ses premiers films ridiculisaient si bien. Pierre Murat. Télérama.fr

Né en 1901, Claude Autant-Lara se passionne pour le cinéma dès le lycée. Après un diplôme à l’École nationale des arts décoratifs, il devient décorateur pour le théâtre et le cinéma et travaille avec Renoir, Lehmann et L’Herbier. Ce dernier produit son premier film Faits-Divers, un court-métrage dans lequel il dirige sa mère. Réalisateur atypique et fasciné par les nouvelles techniques, Claude Autant-Lara connaît des débuts difficiles. C’est en dirigeant l’actrice Odette Joyeux qu’il obtient ses premiers succès avec des films comme Le Mariage de Chiffon ou Sylvie et le Fantôme. En 1945 il réalise Le Diable au Corps avec Micheline Presle et Gérard Philippe. Jugé immoral le film suscite de vives réactions publiques et critiques. L’histoire des deux amants est néanmoins considérée comme symbolique de la jeune génération et consacre Autant-Lara comme réalisateur anticonformiste et provocateur. Il tourne alors ses plus grand succès dont La Traversée de Paris en 1951 avec les grands acteurs français de l’époque : Gabin, Bourvil et de Funès. Mais la Nouvelle Vague, portée par les critiques des Cahiers du Cinéma fait d’Autant-Lara l’emblème d’un cinéma désuet. Il réalise néanmoins des films jusque dans les années 1970 avant de se consacrer à l’écriture, publiant souvenirs et pamphlets. Il est décédé en 2000 à l'âge de 98 ans.

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