Le film, premier documentaire de l'Algérie indépendante, fait un bilan de la guerre d’Algérie en retraçant l’histoire de l’ALN et montre l’effort populaire de reconstruction du pays.

Sous l’égide de René Vautier, directeur du Centre Audiovisuel d’Alger, de jeunes cinéastes algériens braquent librement leurs caméras sur le passé, le présent et aussi l’avenir qu’ils rêvent pour l’Algérie. Ils bâtissent l’image d’un peuple en marche. Des espoirs nourris de socialisme. Une Algérie nouvelle, libérée du joug du colonisateur, en marche vers l’avenir et la reconstruction.

Né en 1928 dans le Finistère, René Vautier s’engage dans le maquis à l’âge de 16 ans puis intègre l’IDHEC à la Libération. En 1950, il tourne Afrique 50, considéré aujourd’hui comme le premier film anti-colonial français. Ce film lui vaut treize inculpations et une condamnation à un an de prison. Il tourne Les anneaux d'or en 1956, court-métrage de fiction qui reçoit l'Ours d'argent au Festival de Berlin, avec Claudia Cardinale pour la première fois devant une caméra. En 1957, il part en Algérie filmer la guerre d’Indépendance du côté des Algériens, installé dans le maquis du FLN. De ce tournage où René Vautier est blessé à trois reprises naît Algérie en flammes. Il fonde en 1962 le Centre audiovisuel d'Alger qu'il dirige jusqu'en 1965, participant ainsi à la formation de toute une génération de réalisateurs algériens. Il crée aussi les "ciné pops", les ciné-clubs populaires. De retour en France, il participe au Groupe Medvedkine et fonde en 1970 l'UPCB, l'Unité de Production Cinématographique Bretagne. En 1972, il écrit, produit et réalise Avoir 20 ans dans les Aurès, qui obtient le Prix de la critique internationale à Cannes. Un an plus tard, pour protester contre le refus de la délivrance du visa d’exploitation pour un film de Jacques Panijel consacré au massacre du 17 octobre 1961 à Paris, il entame une grève de la faim qui dure 31 jours. Elle sera victorieuse : le gouvernement français modifie la loi et supprime la censure cinématographique pour critères politiques. Il poursuivra sa carrière de cinéaste engagé avec entre autres, Quand tu disais, Valéry (1975), Frontline (1976), Quand les femmes ont pris la colère (1977) réalisé avec sa femme Soazig Chappedelaine, Marée noire et colère rouge (1978), Déjà le sang de Mai ensemençait Novembre (1982), À propos de… l'autre détail (1984), Et le mot frère et le mot camarade (1995), … . Il est mort en 2015 à 86 ans.

Le problème que nous avions à résoudre dans cette Algérie maintenant indépendante, mais laissée exsangue par près de huit ans de guerre, était nouveau pour moi, écrit le cinéaste dans Caméra citoyenne : à quoi doit servir le cinéma dans un pays qui mobilise ses forces pour se retrouver et sortir du sous-développement, panser ses plaies, exister en tant qu’entité indépendante ? Le cinéma est-il une priorité ? Ou bien apparaît-il comme un superflu, comme une distraction qui pourra être envisagée lorsque l’on aura répondu aux exigences les plus criantes ? René Vautier

Lire l'analyse du film dans le dossier de la revue Décadrages consacré à René Vautier en 2015


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