Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence, à la suite de la défaite allemande, va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

* Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour Paula Beer, Mostra de Venise, 2016.

* César de la meilleure photographie pour Pascal Marti, 2017.

François Ozon s’empare d’un mélo muet de Lubitsch pour un (nouveau) fascinant portrait de femme à la fois victime, entêtée et forte. 

Frantz est l’adaptation “libre” d’un film réalisé par Ernst Lubitsch en 1931, Broken Lullaby (L’homme que j’ai tué), adapté de la pièce de théâtre homonyme écrite en 1925 par Maurice Rostand, le fils d’Edmond. L’homme que j’ai tué raconte l’histoire d’un jeune ancien combattant français qui, au sortir de la Première Guerre mondiale, rongé de remords, se rend en Allemagne pour rencontrer la famille d’un soldat allemand qu’il a tué dans une tranchée. Mais fragile, victime de symptômes posttraumatiques dus à la guerre, il n’a d’abord pas le courage de leur révéler la vérité et préfère se faire passer pour un ami d’avant-guerre de leur fils. Les parents, d’abord rétifs, considèrent bientôt le jeune homme comme un second fils et poussent la jeune femme à refaire sa vie avec lui, au grand dam du reste de la population du bourg. Cette pièce pacifiste et de réconciliation émut énormément le public européen des années 1920. Le film hollywoodien de Lubitsch est magnifique et déchirant mais ne connut pas les faveurs du public. Le cinéaste berlinois se tourna définitivement vers la comédie – et personne ne saurait aujourd’hui s’en plaindre. La première partie de Frantz de François Ozon reprend plutôt fidèlement le film. On reconnaît certaines scènes du Lubitsch. Le filmage en noir et blanc accentue l’effet de reconnaissance, même si l’image rappelle plutôt celle d’un épisode inédit de Heimat, la série d’Edgar Reitz (l’histoire d’une famille allemande sur une centaine d’années). Mais, légère différence, Ozon fait désormais de la jeune femme allemande, Anna (Paula Beer, une superbe découverte), le personnage central de l’histoire – et non plus Adrien (Pierre Niney, très sobre). La deuxième partie poursuit le récit du matériau dramatique d’origine pour le subvertir. (...) Le récit devient d’une cruauté insoupçonnable, quasiment sadien, laissant Anna seule, sans soutien moral (impossible de raconter la vérité aux parents de Frantz sans les tuer), faisant du personnage d’Anna une femme victime des hommes de plus dans l’œuvre d’Ozon (comme dans Sous le sable, Jeune et jolie, Angel, etc.). C’est assez retors, mais aussi brillant et très émouvant, grâce notamment au talent de Paula BeerJean-Baptiste Morain. LesInrocks.com


Titulaire d'une maîtrise de cinéma à Paris I avec pour professeurs Eric Rohmer et Joseph Morder, François Ozon tourne parallèlement à ses études des dizaines de films avec la caméra super-8 de son père. Intégrant le département réalisation de la Femis en 1990, il rédige une maîtrise sur Pialat et signe de nombreux courts métrages. C'est d'ailleurs grâce à ses courts (dont Une robe d'été, primé à Locarno et présenté à Cannes en 1996) que François Ozon se fera un nom au sein du jeune cinéma français. Soutenu par la maison de production Fidélité, il réalise en 1997 un moyen métrage, le dérangeant Regarde la mer, avant de passer au long un an plus tard avec Sitcom, jeu de massacre insolent et cruel qui se situe dans la droite lignée de ses courts métrages.

Prolifique, Ozon impose rapidement un univers très personnel, flirtant avec le fantastique (Les Amants criminels, 1999), et ne craignant pas la théâtralité - Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, adaptation d'une pièce de Fassbinder avec Bernard Giraudeau et Ludivine Sagnier, alors inconnue. Si ses précédents longs métrages furent diversement accueillis, l'audacieux Ozon fait l'unanimité, auprès de la critique et du public, avec Sous le sable en 2001. Portrait d'une femme désemparée après la disparition de son mari, le film, qui marque le come-back éclatant de Charlotte Rampling, témoigne d'une science du casting qui ne se démentira pas. Fort de ce succès, Ozon réalise 8 femmes, truffé de clins d’œil cinéphiles qui triomphe au box-office. On retrouve son goût pour la manipulation et la stylisation dans Swimming pool, thriller présenté à Cannes en 2003. Celui qui a longtemps misé sur l'artifice ose le dépouillement avec Le Temps qui reste. Soucieux de construire une œuvre et craignant de se répéter d'un film à l'autre, il se lance ensuite dans un mélo en costumes et en anglais, Angel. Avec son dixième film, Ricky, la surprise est encore au rendez-vous, aussi bien côté casting que côté scénario. Rythmé par une régulière cadence d'un film par an, il part une nouvelle fois là où on ne l'attend pas et construit avec son Refuge (2009) une émouvante réflexion sur l'amour et le deuil, portée par une Isabelle Carré méconnaissable.

L'année 2010 marque son retour aux commandes d'un projet aux ficelles imparables : un casting de prestige (Depardieu, Deneuve et Luchini), un ton retrouvé de comédie sociale au vitriol et un accueil chaleureux à la Mostra vénitienne où son Potiche concourait en compétition officielle. Après cet intermède plus léger, il retourne ensuite vers des zones ombrageuses avec Dans la maison, un thriller sombre dépeignant un jeu de manipulation qui s'établit entre un prof de français et son élève. L’année suivante, il présente au Festival de Cannes  Jeune et jolie. Suivent Une nouvelle amie (2014) puis Frantz (2015), qui obtient le prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour Paula Beer à la Mostra de Venise et le César de la meilleure photographie pour Pascal Marti. L'amant double, thriller sorti en 2017, est une adaptation du roman Lives of the Twins de Joyce Carol Oates. Grâce à Dieu, œuvre de fiction inspirée de l'affaire Bernard Preynat, remporte le Grand prix du jury à la Berlinale 2019 et le César 2020 du meilleur acteur dans un second rôle pour Swann Arlaud.

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