Clément Cogitore adapte une courte partie de ballet des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Igor Caruge et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos noirs de Los Angeles, après les émeutes de 1995. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King. Clément Cogito, à travers cette performance filmée sur le plateau de l'opéra Bastille, crée une battle entre la culture urbaine et la musique de Rameau.

Inédit en DVD dans les médiathèques.

* Prix du Public, Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand, 2018.

* Prix honorifique du meilleur court métrage documentaire, Les Courts du réel, Maison du livre de l'image et du son, 2018.

Le Krump est un mouvement profond, pas encore une marchandise. Il semblerait que le monde ait fait naître là où on ne l’attendait pas une danse du dedans, authentiquement spirituelle, faite pour débusquer des monstres et dire l’inarticulé des paroles rentrées dans la gorge de ceux qui ne peuvent même plus crier. La seule danse qui vaille. Avant d’être une mode, c’est un rite inventé, une sorte de louange forcenée, la contorsion brutal de celui qui refuse la camisole contemporaine. Ces danseurs nous disent : Qu’arrive-t-il à la force qui nous mène ? Que signifie ce monde échoué ? Qui vit dans l’obscur de nous-mêmes ? Cette danse est une chance car elle est un partage de la violence qui nous fonde et un moyen de la comprendre en se délivrant du discours. C’est une danse du début ou de la fin des temps qui dit l’essentiel de ce qui fait un homme aujourd’hui, un secret pour lui-même vivant debout au plus noir de sa propre nuit. Heddy Maalem, mai 2012, auteur de la pièce Éloge du puissant royaume, cité par Nach in Je parle krump, Africultures n°99-100.

Puissant ? La caméra de Clément Cogitore participe du phénomène : elle est dans le cercle mais sans intrusion, elle cherche à se frayer un angle de vue, comme tout un chacun, dans un groupe qui se meut sans cesse au rythme d’une musique envoûtante qu’il s’approprie dans la danse. Mal filmé, cela serait du spectacle, une scène avec le spectateur à distance. Ici, dans le cercle, c’est de l’empathie, embeded, de l’imbrication, de l’ancrage. La caméra se rapproche mais garde le sens du groupe. Elle garde sa singularité sans s’individualiser, pas plus qu’elle ne passe au premier rang. Elle est un regard participant, renforcé par la subtilité d’un montage alliant plusieurs performances. Notre cœur bat plus fort, suivant le crescendo du rythme et des corps. Car le corps est le centre et l’essence du cercle, en pleine puissance. Ce corps qui se théâtralise, se contorsionne et se tortille en des postures carnavalesques, ce visage qui se contracte et grimace sous la tension, cette bouche qui se déforme et se convulse, ce spasme qui accapare le grotesque sont une colère, une fureur, une rage. L’emphase, l’outrance, l’hyperbole, la démesure sont un débordement des normes. Le jeu est ici de transgresser à plaisir la règle le temps de la performance. La truculence des corps permet d’inverser la convention de la danse dominante. Comme dans le hip-hop, danser sur la tête, c’est prendre le monde à l’envers, rechercher le déséquilibre et le tremblement, refuser l’assise de la danse classique. Lire la suite du dossier autour des Indes galantes sur le site de l'Opéra de Paris.

Artiste multi-média, Clément Cogitore explore les frontières dans et de ses œuvres, que celles-ci soient artistiques, géographiques ou mentales. De ses errances dans le monde, tant physiques que virtuelles, naissent des œuvres oscillant entre cinéma et art contemporain et mêlant la fiction à la réalité. Elles questionnent le spectateur et sa capacité de croire, de voir et de savoir. En puisant dans un répertoire d’images et de documents, contemporains ou anciens, artistiques ou populaires, médiatiques et historiques ou intimes et personnels qu’il juxtapose, il conduit ses œuvres à une perte des repères et pose alors un nouveau regard sur le monde. Claire Kueny. creative.arte.tv 

Après des études à l'Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains Clément Cogitore, né en 1983, développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies son travail questionne les modalités de cohabitations des hommes avec leurs images. Il y est le plus souvent question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré ainsi que d'une certaine idée de la perméabilité des mondes. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festivals internationaux (Quinzaine des réalisateurs Cannes, festivals de Locarno, Lisbonne, Montréal...) et ont été récompensés à plusieurs reprises. Son travail a également été projeté et exposé dans de nombreux musées et centre d'arts (Palais de Tokyo, Centre Georges Pompidou - Paris, Haus der Kultur der Welt - Berlin, Museum of fine arts - Boston...). En 2012, Clément Cogitore est nommé pensionnaire de l'Académie de France à Rome-Villa Médicis. Il sort en 2015 son premier long-métrage, Ni le ciel ni la terre, qui est nominé aux Césars, et en 2017, son documentaire Braguino est récompensé par de nombreux prix en festivals (Telluride, San Sebastian, Marseille, Toronto, Buenos Aires, Moscou...). Il sort la même année Les Indes galantes, court-métrage de 5 min adapté de l’opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau où il filme une troupe de danseurs de Krump. En 2018, il est lauréat du Prix Marcel-Duchamp.

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