Deux voyous sympathiques, Franz et Arthur, rencontrent Odile, une jeune fille pure. Entre trois pas de madison, le trio fait les quatre cents coups.

Inédit en DVD dans les médiathèques.

(...) Avec Bande à part, on s’extasiera également une fois de plus sur le sens inné de certains cinéastes de la Nouvelle Vague pour nous faire ressentir viscéralement l’époque à travers leur manière de filmer à l’arrache les rues de Paris / banlieues et les quidams qui s’y déplacent, nous immerger comme personne dans les atmosphères urbaines de ces années-là superbement bien rendues, réalisant ainsi sans forcément le vouloir de formidables documents sociologiques : rarement nous n’aurons aussi bien ressenti cette proximité, ce réalisme, que dans les films de Godard et Rohmer durant ces années 60. Et bien évidemment, on se félicitera que Godard, au vu de l’intrigue très secondaire de son film, ait reporté la plus grande part de son attention sur ses personnages, sans pour autant en tracer de forts portraits psychologiques, ce qui ne l’intéresse d’ailleurs pas vraiment. On trouve ainsi le sombre Franz, personnage sérieux un peu dandy et mystérieux, le séducteur Arthur, plus extraverti et exalté, et enfin la sélénite et naïve Odile, respectivement interprétés avec beaucoup de fraîcheur par Sami Frey, Claude Brasseur et Anna Karina. Cette dernière, que l’on sentait ici un peu plus fatiguée que d’habitude, avouera peu de temps après que le film lui a sauvé la vie. Pour les néophytes, il faut aussi avoir en tête que Godard, comme dans ses films précédents, en voulant donner un souffle nouveau au cinéma rompt totalement avec les conventions dramatiques, narratives et esthétiques de l’époque : changement constant de ton et de rythme ; utilisation de nombreux plans séquences étirés (tous ceux, superbes, à l’intérieur de la Simca sport décapotable) ; voix off venant s’immiscer à l’improviste pour résumer au bout de huit minutes le film aux retardataires, coupant la musique lors de la danse pour nous dévoiler les pensées de ses personnages à ce moment précis, récitant des phrases littéraires prises en intégralité du roman ; dialogues se superposant au point d’être parfois inaudibles ; une minute de silence décidée par les protagonistes mêmes et qui se répercute sur le film alors privé de son, mais ne se poursuivant pas jusqu’au bout puisque ça "emmerde" Franz (autant que le spectateur) ; jeux de mots idiots que l’on excuse par le simple fait qu’il soient nés sous la plume de Godard ("Vous êtes de la régie Renault ? Vous auriez pu changer votre air con contre une R8 !") ; les regards caméra des protagonistes s’adressant directement aux spectateurs... C’est néanmoins assez rare car le rythme est soutenu, les idées narratives ou de mise en scène fusent, la photo de Raoul Coutard est superbe ainsi que la musique de Michel Legrand tantôt jazzy tantôt lorgnant vers un très plaisant easy-listening, s’immisçant et s’arrêtant de manière totalement incongrue, le compositeur se payant même le culot d’insérer des extraits chantés des célèbres comédies musicales de Jacques Demy sorties la même année.(...) On pourrait le dire de tous les films de Godard, mais si Bande à part (son film "mal habillé" comme il se plaisait à le décrire) pourra soit vous agacer au plus haut point soit vous faire jubiler de plaisir, il y a peu de chances pour qu’il vous laisse indifférent. (...) Jean-Louis Bory fut très enthousiaste, qui écrivait avec une certaine justesse "Bande à part ce sont, vues par Godard, les fiançailles de Franz Kafka et d'Alice au pays des merveilles." En tout cas un film au ton très particulier, ni triste ni gai, un patchwork totalement improbable entre film noir burlesque, exercice de style, cinéma-vérité fantaisiste et comédie romantique impertinente. Une œuvre expérimentale et iconoclaste tour à tour passionnante et agaçante, frondeuse et légère, mais dont la liberté et la juvénilité s’avèrent dans l’ensemble sacrément réjouissantes. Erick Maurel. DvdClassik.com


Jean-Luc Godard est un nom mythique du cinéma. De son premier long métrage, À bout de souffle (1960) jusqu’à Adieu au langage (2014), il a abordé tous les genres cinématographiques. Son travail comprend aussi bien des films documentaires que des films de fiction, des films de quelques minutes que des longs métrages, des séries vidéos que des publicités. Il a même élargi le champ des différents genres par la réalisation de nombreux  essais documentaires ou de fiction. Godard est un cinéaste qui a profondément révolutionné l’écriture cinématographique et changé notre regard. Certains de ses films sont devenus des classiques et s’ils ont peut-être perdu le pouvoir provocateur qu’ils ont eu au moment de leur sortie sur les écrans (car avec le temps le cinéma a assimilé ses fulgurances et ses audaces), d’autres, au contraire, plus récents, déconcertent par leur complexité, l’abondance des références et des citations, par la nouveauté et l’originalité de leur langage, loin de toute narration classique.

Après avoir passé son baccalauréat en 1949, Jean-Luc Godard s'inscrit à la Sorbonne en Propédeutique et certificat d'ethnologie. Le jeune homme fréquente surtout les ciné-clubs et la Cinémathèque Française d’Henri Langlois, installée rue de Messine depuis 1948. Au « ciné-club du Quartier Latin », Jean-Luc Godard fait la connaissance des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague, Jacques Rivette et Eric Rohmer, qui fondent La Gazette du cinéma. C'est dans cette toute jeune revue qu’il signe ses premiers textes, adoptant parfois le pseudonyme de Hans Lucas (« Jean-Luc » en allemand). Le rêve de Godard est alors de publier un roman chez Gallimard. Que ce soit dans La Gazette du cinéma ou les Cahiers, Godard mène déjà une réflexion sur le cinéma. Le texte qu’il signe pour le premier numéro des Amis du cinéma, en 1952, a pour titre Qu'est-ce que le Cinéma ?  et se termine par cette phrase : « Aussi, à la question Qu'est-ce que le Cinéma ?, je répondrai d'abord : l'expression des beaux sentiments ». Toutefois, son texte théorique le plus important est Défense et illustration du découpage classique; le jeune homme s’en prend, dans les pages même des Cahiers, à la pensée d’André Bazin qui s’enthousiasme sur la profondeur de champ et le plan séquence, défini par ce dernier comme marque de la modernité au cinéma. Cette défense d’un langage classique réapparaît en décembre 1956 avec  Montage, mon beau souci qui figure dans le même dossier sur le montage que Montage interdit d’André Bazin. De 1956 à 1959, dans les Cahiers du cinéma, mais également dans les pages de l’hebdomadaire Arts, Godard livre ses grands textes sur Frank Tashlin, Alfred Hitchcock, Nicholas Ray, Ingmar Bergman, Anthony Mann, Douglas Sirk, Fritz Lang, Boris Barnet, Roberto Rossellini, Jean Renoir et Jean Rouch. Il aime ce qu’il appelle « l’art et la théorie de l’art », un cinéma qui montre, et qui s’interroge sur lui-même.

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