Durant 1998 et 1999, William Karel filme pendant plusieurs mois, la fabrication du Journal Télévisé de France 2, "Le 20 Heures", en suivant le quotidien des journalistes, rédacteurs et présentateurs du JT. En privilégiant, le "bocal", la salle de conférence de la rédaction habituellement fermée aux regards étrangers, la majeure partie du film se déroule d'une conférence à l'autre, ponctuée par des incursions dans la salle des EVN, Euro Vision News, un système d'échanges quotidiens d'images à l'échelle planétaire. Filmer la zone d'ombre, la partie invisible du Journal Télévisé, pour démonter le mécanisme des conférences de rédaction et tenter de comprendre comment remonte l'information. Un film vivant, souvent drôle, un voyage au cœur de l'information télévisée et une réflexion sur la façon dont le petit écran rend compte de l'actualité.  

Dans les cuisines du 20 heures. Un œil juste et acéré sur la fabrication du JT de France 2. A quoi ça ressemble, la conférence de rédaction d'un journal de 20 heures ? Finalement, ça ressemble à n'importe quelle réunion de n'importe quelle entreprise : au choix une chambre d'enregistrement, un bistrot, une foire d'empoigne, Rungis au petit matin ou les salons du Quai d'Orsay. Autrement dit, les gueulantes y côtoient les sarcasmes, l'hypocrisie la diplomatie, le rire sous cape les interventions sincères. Voici ce que nous apprend visuellement, entre autres, le film de William Karel consacré à la confection du journal télévisé de France 2. Les starlettes de l'info y sont démaquillées. Les rédacteurs en chef grognent comme des vieux routiers blasés. Les chefs de service s'énervent pour défendre les «sujets» les plus importants de la planète. Et, au bas de l'échelle, les journalistes rament comme des cons pour passer un pont au Kosovo ou «couvrir» une foire aux bestiaux.

Le film de Karel a une qualité rare : il trouve l'exacte bonne distance entre le respect de son sujet (les lieux, le métier, les gens) et un œil critique parfaitement dirigé (le journalisme télé en prend pour quinze ans dans les dents). Arrêt sur images étant déjà passé par là, on ne découvrira pas la lune sur les ressorts très stéréotypés du JT. Juste ­ et c'est déjà énorme ­, quelques indices sur le caractère humain, donc faillible, donc souvent absurde, de sa fabrication. Les scènes les plus parlantes sont, à cet égard, celles qui ont été tournées en extérieur dans le sillage de deux journalistes. L'un est obligé de «trapper» son sujet après avoir cavalé toute la journée sur une avalanche. L'autre est filmé très longtemps pendant un «concours de tonte» de brebis. On le voit stresser, réclamer sans arrêt de nouveaux plans à son cameraman, poser des questions existentielles au public, du genre : «Vous aimez les concours de tonte?» Bref, le journal commence à 20 heures ou bien il est fini depuis vingt ans? Emmanuel Poncet, Libération.fr

Le cinéaste et documentariste William Karel est né en Tunisie. Le jeune Saada (c'est son véritable nom) a perdu son père très tôt. Obligé de travailler, il devient ouvrier chez Renault. Il suit en parallèle des cours du soir qui lui permettent d'obtenir un diplôme de photographe. Il travaille ensuite cinq ans à l'agence Gamma, avec Raymond Depardon. En 1981, il devient photographe de plateau. Il rencontre alors Maurice Pialat, sur le tournage de A nos amours, rencontre majeure explique-t-il au Monde, je lui dois tout ce que je sais aujourd'hui. Il lui consacrera d'ailleurs un film documentaire intitulé Pialat au travail. Dès lors, il réalise des films documentaires aux thématiques historiques et politiques. En 1992, il réalise La Rafle du Vel'd'Hiv, puis Contre l'oubli, récompensé en 1995 d'un Emmy Award. Il signe des portraits sans concession de Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Il consacre une partie conséquente de son œuvre à l'étude des États-Unis. Refusant de se cantonner à un genre classique, il réalise Opération lune (2002), un faux film documentaire sur la conquête spatiale qui mêle images d'archives et faux témoignages. En partant du 11 septembre jusqu'à la Guerre en Irak, William Karel critique avec virulence la politique américaine. Il défraie la chronique avec deux films documentaires subversifs : CIA, guerres secrètes (2003), qui retrace l'histoire des services secrets américains et Le Monde selon Bush (2004), véritable réquisitoire contre le président américain. Puis de retour en France, il s'intéresse de près au suicide du Juge Boulouque et réalise, à partir d'images d'archives et du témoignage de sa fille, La Fille du juge (2005). En 2006, suite à la participation de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002, il réalise un téléfilm intitulé Poison d'avril. Ce pamphlet contre l'obsession des médias pour l'audimat, et le thème de l'insécurité durant la campagne, analyse les raisons qui ont permis au candidat FN d'accéder au second tour. En 2011, William Karel réalise Looking for Nicolas Sarkozy, dans lequel il présente le regard de dix-huit correspondants étrangers sur Nicolas Sarkozy pendant sa présidence. Son dernier film documentaire est consacré à François Mitterrand, François Mitterrand - Que reste-t-il de nos amours ?


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