Le «jardin Vavilov» sort à peine de sa dormance en ce mois de mai. Un cardon vert de Vaulx-en-Velin élance ses longues feuilles dentelées. A côté, un carré de terre attend ses jeunes pousses de courges, céréales et aromatiques du Caucase. Situé en France, près de Lyon, ce jardin conservatoire cultive un savant mélange de variétés locales françaises et russes, et de leurs ancêtres sauvages. Il est le premier en Europe à diffuser au grand public l’héritage de l’Institut Vavilov, plus ancienne banque de graines du monde, situé en Russie, où plus de 350 000 plantes sont conservées, cultivées et étudiées. Au cours de ses 120 ans d’existence, ce grenier unique au monde a permis d’éviter la famine à plusieurs endroits du globe. Ce film raconte l’histoire de la rencontre d’un groupe d’ethnobotanistes avec l’équipe de l’Institut Vavilov, qui vient de donner naissance à une coopération internationale…

L’histoire du jardin Vavilov commence il y a plus de dix ans, lorsque l’ethnobotaniste Stéphane Crozat réalise une étude sur la flore de la région lyonnaise. Il recense de multiples variétés anciennes de fruitiers, légumes ou rosiers, et découvre que la région était, au XIXe siècle, un centre majeur de botanique et d’horticulture en Europe. Une histoire largement oubliée dans la métropole française, qui borde désormais la «vallée de la chimie» et ses industries. Il crée le Centre de ressources de botanique appliquée (CRBA), vite rejoint par d’autres partenaires formant ainsi le collectif Vavilov, et part alors en quête de ce patrimoine agricole, dans les jardins et les collections… mais ne retrouve «plus grand-chose» en France. C’est alors que le jeune collectif lyonnais se tourne vers l’Institut Vavilov en Russie.

L’institution russe, fondée en 1894, a entrepris de collecter des variétés dans le monde entier avant que l’agriculture ne s’industrialise, et que la biodiversité cultivée ne s’érode. Entre les années 1920 et 1940, son éminent directeur Nikolaï Vavilov a lancé des expéditions dans 64 pays – des Etats-Unis à l’Afghanistan, de la Chine à l’Ethiopie ou à l’Uruguay… L’Institut, quatrième banque de graines du monde, compte aujourd’hui quelque 325 000 variétés. Une partie de ces semences est congelée ou cryogénisée; une autre, conservée à température ambiante, doit être régulièrement régénérée, donc cultivée, dans une dizaine de stations réparties dans toute la Russie. Un travail de titan, que l’Institut mène depuis plus d’un siècle.

«Pour nous, l’Institut Vavilov, c’était le graal, le grenier du monde. 80% de ses ressources génétiques sont introuvables ailleurs», explique Stéphane Crozat. En 2014, les portes de l’Institut s’ouvrent au collectif lyonnais, qui découvre alors en plein centre de Saint-Pétersbourg «un temple grandiloquent, même s’il est aujourd’hui très défraîchi». De cette première visite, les Français reviennent avec 75 variétés locales, dont certaines ont disparu de l'Hexagone, comme le Chou quintal d’Auvergne ou le Haricot gloire de Lyon. L’année suivante, ils suivent les chercheurs de Vavilov sur les rives de la mer Noire, pour une expédition botanique à l’ancienne. Des marchés, jardins et antennes de l’Institut, ils rapportent quelque 300 variétés russes. «Il y a encore des jardiniers qui cultivent des variétés familiales, qui sont très diverses génétiquement et qu’ils améliorent et échangent entre eux», explique Johan Cottreel, chargé des conservatoires du CRBA.

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Visiter le site du CRBA (Centre de Ressources de Botanique Appliquée) de Charly (69390)

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Ce film est interdit aux moins de 12 ans.