Thriller social. Quelque part dans une ville du Mexique, un homme se meurt. Son épouse Sonia, qui cherche à lui obtenir un traitement d’urgence, fait face à une administration médicale fuyante, dont la poursuite met au jour une situation dantesque qui semble même dépasser les interlocuteurs de la femme, où apparaît la position abusive des compagnies d’assurances dans le système de santé. En désespoir de cause, Sonia sort inopinément un pistolet et entreprend d’accélérer les procédures par la menace : le drame médical devient dès lors un fait divers qui, au bout de la course, aura duré vingt-quatre heures.

Derrière le choix de la multiplicité des points de vue, on devine sans peine un regard unique, celui du cinéaste, mais singulier non en ce qu’il chercherait à s’imposer par-dessus ceux de ses personnages, mais vise la justesse en partageant ces derniers, en rappelant à quel point il est difficile de jeter un regard unilatéral sur une telle situation. C’est aussi pourquoi Plá prend soin de ne jamais forcer le regard sur quiconque, de ne désigner aucun coupable clair ni aucun innocent tout à fait absolvable, de filmer chaque scène et chaque personnage en ménageant ostensiblement un certain hors-champ, non pour contraindre arbitrairement l’espace mais pour mettre en évidence à quel point notre propre position de spectateur-témoin ne nous permet pas de formuler de jugement arrêté. Car si tous sont partie prenante de la société qui a permis les aberrations contées dans le récit, aucun ne saurait reconnaître de réelle responsabilité sur quelque chose qui s’est développé bien au-dessus d’eux au point de devenir inextricable. C’est sans aucun doute par une telle conscience, une telle faculté de garder sa maîtrise d’artiste au niveau de son sujet, que l’on peut accomplir une œuvre aussi sincère d’observation du monde, une qui sait concilier rigueur de mise en scène, justesse du regard et attention au drame (que l’on n’a pas oublié). Cet échange de regards entre la mère et son fils, au moment où celui-ci a dérivé de son rôle de gardien pour se compromettre dans cette violence, ponctue terriblement le constat de la crise humaine à laquelle peut contraindre la confrontation à l’inhumain.

Qu’on se le dise : l’un des cinéastes les plus stimulants de la scène mexicaine est uruguayen. Avec son quatrième long-métrage Un monstre à mille têtes, Rodrigo Plá livre un traité du point de vue cinématographique aussi remarquable d’honnêteté et de rigueur que limpide sur une société confrontant humanité et déshumanisation. critikat.com

Lire ici les propos du réalisateur sur son film

Rodrigo Plá débute au cinéma en écrivant et réalisant cinq courts métrages, dont Novia mía qui a reçu le Prix du meilleur court métrage au Festival de Biarritz et au Festival International de Cinéma de Guadalajara, et Ojo en la nuca (avec, Gael García Bernal), Oscar étudiant du meilleur court métrage étranger et le prix Ariel pour le meilleur court métrage de fiction.

S'en suivent plusieurs longs métrages qui recevront de nombreux prix et distinctions dans divers festivals internationaux, La zona (2008), Desierto adentro (2010), le film Révolution, projet collectif dans lequel dix voix emblématiques du cinéma mexicain se sont réunies pour célébrer le centième anniversaire de la révolution Mexicaine, La Demora (2012), Un Monstruo de Mil Cabezas (2016) et Divino Amor (2018).


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Ce film est interdit aux moins de 18 ans.