Comédie burlesque. Été 1910, baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L'improbable inspecteur Machin et son sagace Malfoy (mal)mènent l'enquête. Ils se retrouvent, bien malgré eux, au cœur d'une étrange et dévorante histoire d'amour entre Ma Loute, fils ainé d'une famille de pêcheurs aux mœurs particulières, et Billie, de la famille Van Peteghem, riches bourgeois lillois décadents. Truculent, burlesque, surréaliste, malicieux et féroce...

La transformation de Bruno Dumont est un cas de figure palpitant. (...) Hier réputé austère, tragique, mystique, avec des films comme L’humanité ou Flandres, le voici drôle, absurde, grinçant. Il n’a pas changé du tout au tout – des thèmes et des paysages persistent – mais le ton est radicalement autre. Amorcée avec sa série P’tit Quinquin, cette révolution s’accomplit pleinement à travers ce film d’époque, situé en 1910, dans le Nord. La famille Van Peteghem, de riches bourgeois de Tourcoing, arrive pour l’été au Typhonium, une villa délirante de style égyptien, qui surplombe la baie de Wissant. Chacun de ses membres est une caricature sur pied, voire sur pattes, croquée avec soin. André (Fabrice Luchini, méconnaissable), le chef de famille, a le corps aussi tarabiscoté et ampoulé que son discours. Sa femme (Valeria Bruni Tedeschi), demi-vierge perchée, s’exclame et se tourmente pour un rien. Le couple reçoit chez lui deux autres énergumènes : Aude (Juliette Binoche), la sœur d’André, mixte de Sarah Bernhardt et de la Castafiore, et cet hurluberlu de Christian (Jean-Luc Vincent), dont la santé mentale laisse à désirer. L’outrance est nette. Savoureuse à entendre – c’est un récital de pédan­terie. Et à voir – c’est une peinture de genre de la bourgeoisie dégénérée, très graphique, où décors, costumes, couleurs sont dynamiques, chargés de symboles. (...) Burlesque, drame, fantastique mâtiné de cannibalisme, il réunit tout ça dans une grande marmite, touille et laisse mijoter. A son rythme, plutôt lent, comme celui du comique très sonore de Jacques Tati, auquel on pense lorsque le bibendum Machin (c’est ­ainsi que le policier se nomme !) fait des roulés-boulés dans les dunes. Par la même occasion, Dumont revisite aussi le cinéma muet, celui des chutes, des culbutes et des envols, dans des paysages du littoral magnifiés, rendus à leur sauvagerie lumineuse. Fait rare à mentionner : il n’y a pratiquement aucune musique, sinon celle des accents (discriminants) et des voix, instruments composant des mélodies tantôt discordantes, tantôt harmonieuses. Le film déborde de non-sens, façon Alfred Jarry si l’on veut. Du sens et de l’émotion, on en puise malgré tout, à travers la relation amoureuse qui se noue entre Ma Loute, un grand échalas, et Billie, la toute dernière Van Peteghem, très jolie fille androgyne qui s’habille comme un garçon. A travers eux, le cinéaste aborde la question du « genre ». C’est toute la malice de Ma Loute de glisser sous l’apparat du film en costumes une série de métaphores sur le monde d’aujourd’hui. Sur l’écart grandissant entre la misère et la prospérité, mais aussi sur l’identité et l’altérité. La racaille des quartiers, le pédé, le « trans », le bâtard, celui qui fait peur, oui, Ma Loute les évoque à sa manière. On pensait Dumont misanthrope, c’est, en réalité un moraliste. Sa cruauté est bienveillante. Jacques Morice. Télérama.fr


Enseignant en philosophie, Bruno Dumont fait ses premiers pas derrière la caméra en tournant des films documentaires, des courts métrages et des films institutionnels. Dans le but de montrer une âpre réalité, il s'inspire de sa commune natale, Bailleul dans le Nord, et écrit son premier long métrage qu'il réalise en 1996 : La Vie de Jésus. Le film est récompensé par une Mention Spéciale Caméra d'Or à Cannes et par le prix Jean Vigo en 1997. Avec un style toujours aussi brutal et épuré, Dumont tourne L'Humanité, son second film, pour lequel il reçoit le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1999, doublé des prix d'interprétation masculine pour Emmanuel Schotte et féminine pour Séverine Caneele, deux acteurs non professionnels. Le palmarès provoque un scandale sur la Croisette. Twentynine Palms est sélectionné au festival de Venise en 2003. Flandres reçoit le grand prix du jury au festival de Cannes 2006. En 2012, il tourne Camille Claudel 1915 avec l'actrice Juliette Binoche. En 2013, il tourne une mini-série intitulée P'tit Quinquin pour Arte puis en 2017 sa suite, Coincoin et les Z'inhumains.

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Ce film est interdit aux moins de 16 ans.