Comédie sociale. Au Vatican, le Conclave procède à l’élection du nouveau Pape. Les tours de scrutin s’enchaînent sans consensus : aucun cardinal ne convoite le poste ! À la surprise générale, c’est Melville, un cardinal français, qui est élu. Au moment de se présenter au balcon du Vatican, devant les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre, celui-ci pousse un grand cri : il n’y arrive pas. Après un moment de confusion, l’inquiétude des cardinaux grandit lorsqu’ils comprennent que son malaise est très sérieux. Le porte-parole du Vatican décide de faire secrètement appel à un psychanalyste de renom. Mais la première séance n’aboutit à rien. Une sortie en ville est organisée, incognito, pour l’amener voir l’ex-femme du psychanalyste, qui exerce elle aussi. Le Pape en profite pour s’enfuir.

* Nastro du Meilleur film, Nastri d'Argento, Prix de la presse italienne, 2011.


La beauté de Habemus Papam réside dans cette indécision qui en fait une sorte de film-catastrophe sans objet, partagé entre déni (la comédie dans les arcanes du Vatican) et consternation (le monde extérieur figé dans la terreur). Moretti feint de surcharger son récit de sens, jusque dans ses références au théâtre et à la littérature, pour opposer un certain systématisme au néant qui menace de le dévorer. Le refus de toute confrontation, alors même que Moretti s'empare des instruments les plus lourds dans une démarche à la fois héroïque et anachronique (religion,  psychanalyse, théâtre...), annonce moins une résignation qu'un repli dans la gravité - mais une gravité sans pompe ni emphase, emplie de douceur et de calme ironie. La discussion entre le psychiatre et un des cardinaux cherchant à le rassurer quant à son athéisme ("Vous n'irez pas en enfer. L'enfer est désert.") résume assez bien le paradoxe de sérénité et d'effarement d'une œuvre sachant fixer le désastre comme un vertige et contenir une apocalypse dans le plus insignifiant de ses plans. Vincent Malausa, Cahiers du Cinéma n°670.


Nanni Moretti fait une entrée remarquée dans le cinéma italien avec un long métrage : Je suis un autarcique (1976). Ce film, dans lequel apparaît le personnage de Michele Apicella, qui subit par la suite des variations et que Moretti interprète lui-même, constitue le brouillon de toute son œuvre future. Moretti utilise un humour corrosif pour exprimer ses sentiments sur la gauche italienne, le cinéma traditionnel, et l'incompétence de la critique. Le film est un succès. Moretti devient dans les années quatre-vingt l'un des plus sûrs espoirs de la nouvelle génération de cinéastes italiens. Dans Sogni d'oro (1981), il livre en vrac les interrogations sur sa vie privée, ses difficiles relations à la mère et à la femme aimée, ainsi que sur le monde du cinéma et de la télévision. Il mêle de façon parfois chaotique le grave et le dérisoire, la réflexion philosophique et le canular. En 1984, il réalise Bianca, un film sur l'idéalisation du couple et de la famille. Sa démarche s'épure dans un récit plus linéaire. Il prend de la distance vis à vis des personnages qu'il interprète. Toujours en décalage avec son époque, il met en scène un Michele Apicella professeur de mathématiques devenant assassin par réaction au relâchement des mœurs. A travers le prêtre Giulio (avatar de Michele) de La Messe est finie (1985), il continue d'explorer les rapports aux autres. Giulio observe le destin de ses amis et ne peut tolérer leurs comportements "immoraux", lui qui a choisi le don de soi. Dans Palombella rossa (1989), Michele tente de retrouver sa mémoire perdue à la suite d'un accident. Il découvre qu'il est un joueur de water-polo et un fonctionnaire du PCI (Parti Communiste Italien). Le film est un portrait inspiré de la société italienne, mais aussi celui d'un metteur en scène en quête de sujet, à la recherche d'une nouvelle manière de faire un film. En 1990, Moretti réalise La Cosa, un documentaire sur la mutation du PCI montrant qu'il y a autant de communismes que de militants. Avec Caro diaro (Journal intime, 1993), il ne se cache plus derrière Michele. Il livre un film personnel découpé en trois chapitres, salué à Cannes. Palme d'Or  en 2001, La Chambre du Fils aborde le sujet du deuil avec une maîtrise, une émotion et une sobriété qui séduisent le public et la critique. Moretti continue sa route d'agitateur avec Le Caïman, savant mélange entre un pamphlet contre la vie politique italienne en général et Silvio Berlusconi en particulier et une fable satirique sur le cinéma et la vie de couple, toujours mâtiné d'éléments autobiographiques. En 2011, cet habitué du Festival de Cannes y présente Habemus papam, qui aborde une nouvelle fois la religion, toujours avec ce ton caractéristique et humoristique qui a fait de lui un cinéaste attachant et incontournable.


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